mercredi 27 juillet 2011

Capture en noir et blanc

La destinée est une vieille bande-annonce en noir et blanc.
Il y a du complot, de la comédie, de la tragédie et du jeu. Surtout du jeu…
Dans cette gare aux hautes arcades de fer, elle attend radieuse, cheveux gondolés sur robe noire et rouge à lèvres. L’horloge indique midi, un soleil de plomb agencé aux trains vapeurs qui partent sifflotant, enchantés. Mais au plus profond d’elle, les sourires des voyageurs perdent de leur tendresse dans la pénible attente des aiguilles qui ne tournent pas assez rapidement. Une cigarette brûle au bout de ses longs doigts de rouge vernis. Le souffle court. De pensées fougueuses qu’elle tente de calmer. Dans ses grands yeux, c’est le froid. Le grand désert qui saisi.
Des chapeaux, des mallettes, des gens en retard. L’assemblée  qui s’empresse et se presse. Au loin, une écharpe bleue qui monte lentement l’escalier. Une marche après l’autre au rythme de son pouls, insistant. Elle serre encore plus fort la petite valise de cuir à sa main gauche. Elle se répète les mêmes mots depuis cette nuit de janvier : «être l’auteur de ses propres gestes». Chaque syllabe est une note à la berceuse. Et, la foule dans son agitation brouille sa vision couleur mer. Soudainement, les minutes se hâtent. Elle n’est pas sans savoir que le temps viendra la chercher, sous l’image d’un homme au veston charbon. Le courage lui manque, autant que la chaleur d’une caresse familière.
Confronter? Elle n’a jamais su tenir tête à quiconque. Derrière ce visage assuré, c’est un tourbillon de tempête qui enverrait n’importe qu’elle bateau au naufrage. Elle recherche celui qui devait être au rendez-vous, mais le rêve a disparu. Pourra-t-elle, sans appuis, jouer le rôle jusqu’au bout? Fuir. Repartir. Tant de fois, elle avait troqué son identité en échange d’un refuge contre elle-même. Sa raison lui commande de résister, mais son corps s’anime déjà, par habitude jamais brisée. Et dans ses grandes enjambées, elle en oubli même ce pourquoi elle est venu. Là, au milieu des étrangers, c’est un chapitre de sa vie qui lui sera dérobé si elle ne revient pas en arrière.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire